Avoir « un Tanguy à la maison » : comment assurer un équilibre financier avec les autres enfants ?

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Crédit: Lies Engelen

De plus en plus de jeunes restent habiter chez leur parents plus longtemps qu’avant. S’ils ont des frères et/ou des soeurs, se pose parfois la question de l’égalité entre eux. Heureusement, certaines solutions juridiques existent.

Il s’incruste. Elle s’éternise. Quand l’enfant, devenu adulte, s’attarde à la maison, les parents s’interrogent. Mais ce qui pouvait être un choix délibéré il y a encore quelques années s’impose le plus souvent, désormais, comme une situation subie pour cause de difficultés financières. Entre tensions et solidarité, focus sur un phénomène générationnel.

Le film bien connu d’Etienne Chatiliez « Tanguy » a donné lieu à une expression, plutôt péjorative, pour désigner cette sorte d’adulescents qui se plaisent beaucoup chez papa/maman.  La réalité exige pourtant plus de nuances…

Elena, 29 ans, témoigne : « Je suis autonome financièrement mais je n’ose pas sauter le pas. »

« Je viens d’une famille portugaise où les liens demeurent très forts. J’ai une sœur cadette qui a pris son envol très tôt. Elle aspirait à partir de la maison, avant même la fin de ses études. Moi, tout me fait peur. Je me sens bien à la maison, dans un cocon qui me sécurise, avec mes parents aux petits soins pour moi. J’ai beaucoup de mal à nouer des relations, même si j’ai des amis proches. Mais c’est difficile de me projeter. Pourtant, je travaille depuis 3 ans, après des études qui m’ont pris un peu de temps. Je suis autonome financièrement mais je n’ose pas sauter le pas. Me retrouver seule dans mon appartement ? Quel est l’intérêt ? J’ai ma chambre, je me sens libre de vivre comme je le désire. Je donne une petite partie de mon salaire à mes parents, ce qui me paraît tout à fait logique. Ils ne me mettent aucune pression même si je sens bien que ma situation les attriste car ils me savent fragile. Depuis peu, je pense doucement à partir. Il faudra bien que je me lance et je sais qu’ils seront là pour me soutenir. »

« Des jeunes se retrouvant dans l’incapacité de vivre en indépendant »

Pour Jacques Marquet, professeur de sociologie à l’UCLouvain, « on a souvent en tête le jeune qui a les moyens d’être autonome mais qui préfère rester chez ses parents. Mais aujourd’hui, nous avons surtout une catégorie de jeunes se retrouvant dans l’incapacité de vivre en indépendant. » Les temps changent et les contextes diffèrent. « La génération des jeunes adultes d’aujourd’hui a souvent évolué dans un cadre familial où ils ont pu développer un réseau affectif et amoureux, par opposition aux générations précédentes qui menaient une vie amoureuse plus cachée. Une série d’avantages liés à la transformation des relations parents/enfants, et par conséquent parents/jeunes adultes, a conforté certains dans l’idée de rester à la maison. »

Des différences existent bien sûr selon les milieux et les cultures. « Il faut faire la part entre les jeunes qui ont les moyens mais ne s’autonomisent pas et ceux qui n’ont pas les moyens et qui subissent la situation. »

« La honte parfois »

Une perte de confiance en soi et une certaine culpabilité sont à prendre en compte, tant du côté des parents que des jeunes. « La honte de ne pas être capable de se prendre en charge et la difficulté à tisser des relations amoureuses satisfaisantes peuvent créer des tensions avec les parents. Le désir d’autonomie existe de part et d’autre. » Au Japon, ces jeunes sous le toit familial sont désignés comme des parasites. Triste constat vu les circonstances actuelles. « Il est inquiétant de voir la part croissante des jeunes au-delà de 25 ans empêchés de se lancer dans la vie. Sans oublier qu’il faut tenir compte de certaines études longues et d’un coût de la vie augmentant sans cesse. » Reste à trouver le juste équilibre familial entre dialogue, tendresse et responsabilisation. 

Quelles solutions juridiques ?

Le paiement d’un crédit hypothécaire ou d’un loyer coûte beaucoup d’argent. Rester vivre chez ses parents permet alors d’économiser de l’argent. Pourtant, cette situation peut provoquer des tensions avec le reste de la fratrie. En effet, certains frères et/ou soeurs pourraient se plaindre d’avoir moins « reçu » de la part de leurs parents.

Pour y remédier, pourquoi ne pas se rendre chez un notaire pour conclure un pacte successoral ? De cette façon, les parents peuvent trouver des accords avec leurs enfants. Toutes les donations et tous les avantages dont ils bénéficient (comme la possibilité de vivre gratuitement dans la maison parentale pendant des années) sont comparés en toute transparence.

Si certains enfants se sentent désavantagés, une solution peut être recherchée. Les parents peuvent par exemple offrir d’autres donations en compensation. L’objectif est de parvenir à un arrangement durable et équilibré et éviter toute discussion ou conflit lorsque les enfants hériteront. Vous voulez en savoir plus ? Jetez un coup d’œil à Notaire.be ou lisez cet article de notre blog: « Le pacte successoral, un outil utile pour éviter les tensions parmi vos enfants ».

Texte: Gilda Benjamin

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