Sara De Paduwa : « Je ressens une soif de vivre perpétuelle »

Crédit: Jan Crab

L’une des animatrices préférées des Belges francophones diffuse depuis plusieurs années son sourire et sa joie de vivre sur les ondes de la RTBF. Cheville ouvrière, avec ses deux complices, de l’opération Viva for Life, Sara De Paduwa sait combien il est essentiel de préserver l’enfance. Et elle a su transformer certaines blessures du passé pour construire un présent radieux. 

Texte: Gilda Benjamin  

Si elle ne devait choisir qu’un mot dans le dictionnaire ce serait « Partage ». Ou plutôt « Amour ». Enfin tout ce qui symbolise l’attention à l’autre, la bienveillance. Son énergie, pur concentré d’ondes positives et de peps communicatif, secoue les auditeurs et les téléspectateurs tôt le matin, avec son émission « Le 6-8 ». Pour l’heure, elle prépare activement la nouvelle édition, très particulière cette année, de Viva for Life, qui se déroulera du 17 au 23 décembre. Tout le monde compte, plus que jamais, sur la solidarité de tous. Admirative devant les défis relevés par les nombreux participants, elle s’en lance régulièrement dans la vie. À commencer par le plus grand et le plus universel : être heureuse. Un bonheur que cette maman de tout juste 40 ans vit auprès de son compagnon Pablo et de leurs deux enfants. 

Viva for life représente votre grand RDV de l’année. 

Il s’agit d’un moment unique et magique. Nous partageons ce temps avec le public mais aussi avec les familles que nous aidons via les associations. On ressent très fortement des ondes d’amour, à travers les sourires, les paroles, les dons, les coups de fil et les encouragements. Il y a eu 620 défis réalisés en 2019. En fait, chacun s’approprie le Viva for life. Nous vivons intensément l’événement durant 6 jours, 24h/24. Mes camarades Ophélie Fontana, Adrien Devyver et moi ressortons toujours de cette expérience en ayant fait le plein d’énergie et de partage pour toute l’année, exténués mais remplis d’amour. Pourtant, en reprenant l’idée de la Flandre il y a 8 ans, nous ne savions pas vraiment dans quoi nous nous engagions. Je garde un souvenir ému de notre première édition sur la place Saint-Etienne à Liège. De toute façon, j’adore me lancer de nouveaux défis.  

Le naturel est-il la clé de votre succès ? 

Je pense que c’est ce qui plaît au public qui apprécie moins le style des animateurs des années 90, super lisses, au discours préparé. Que ce soit en TV ou en radio, on privilégie le côté spontané. J’assume volontiers mes erreurs à l’antenne. Mais pour garder ce naturel, vous avez besoin d’une super équipe qui vous entoure. Un animateur n’est que la cerise sur le gâteau, l’élément visible qui ne doit pas faire oublier le boulot de dingue de collaborateurs soudés, que ce soit pour Viva for life ou mes autres émissions. Je parle comme je pense, je ne mets pas de filtre, ça s’entend d’ailleurs ! Quand je me suis lancée dans ce métier, je me suis toujours dit « J’y vais comme je suis ou pas du tout ». 

Crédit: Jan Crab

Comment avez-vous acquis votre aisance ?

J’ai voulu travailler très vite, être autonome. À la RTBF, j’ai commencé par être hôtesse d’accueil pour les invités du JT de François De Brigode. Il faut savoir que j’ai été mannequin durant quelques années et j’avais la chance de pouvoir en vivre. Certes, il faut un certain talent pour savoir entretenir un physique avantageux mais ce n’est pas une fin en soi. Je préfère évoluer par le dialogue et la réflexion. Je me souviens avoir passé deux semaines à Hambourg, une très belle opportunité. Alors qu’à 22 ans, la plupart des jeunes courent pour faire leurs preuves et trouver un boulot, je me suis retrouvée avec plein de temps pour moi. J’ai beaucoup lu, j’ai marché, je me suis construite psychologiquement. C’était important car j’avais pas mal de choses à rattraper. Cette expérience a été vraiment salutaire pour me poser les bonnes questions. Et c’est mon papa qui m’a fait entrer à la radio, on cherchait quelqu’un pour faire l’info trafic. Finalement, la vie est bien faite. J’ai cette énergie en moi, je n’ai pas besoin de me forcer. J’ai dû tomber dans une marmite quand j’étais petite. Je ressens cette soif de vivre perpétuelle et cette envie d’être positive. 

La maturité : un gros mot ou une étape sereine ?

La quarantaine a ça de bon : on ne sait pas toujours ce qu’on veut mais on sait ce qu’on ne veut plus. Je travaille pour un média qui me propose régulièrement des choses qui me correspondent. J’ai gagné en confiance en moi et je me sens légitime dans le partage et le sourire. D’ailleurs, je rêve de donner davantage aux autres, de m’engager différemment, dans un projet plus vaste, quand mes enfants auront grandi. 

Êtes-vous une maman très présente ?

Ah oui ! Mes enfants font énormément de sport, donc je suis une vraie maman-taxi. Je tiens à me ménager des moments avec eux. Je ne veux pas me réveiller demain en constatant que je suis passée à côté de leur enfance. Ils sont à un âge où ils ont besoin de moi. Ma fille Louise a 11 ans et mon fils Rafael 8 ans. J’ai donc des journées au timing très serré. Mais j’ai toujours veillé à trouver un équilibre et à me préserver aussi du temps pour moi. Dans une famille, et dans un couple, chacun doit trouver sa place. Mes enfants, je veux les aider, pas les assister. Mais ils sont responsables, c’est super. 

Crédit: Jan Crab

Qu’est-ce ce qui vous a sauvée d’une enfance douloureuse ?

Tout au long de ma vie, j’ai développé une propension à saisir toute bonne opportunité. J’essaye de choper tout ce qui peut me faire du bien. Les bénéfices ne sont parfois pas immédiats mais se révèlent après coup. J’étais mannequin alors que je me sentais très mal dans ma peau. J’en ai retiré des leçons de vie. 

Avez-vous trouvé votre équilibre ? 

L’équilibre n’est pas la voie de la facilité, ça demande du boulot, mais c’est tellement mieux ! Je parle énormément à mes enfants, notamment durant cette crise du coronavirus. J’essaye de leur faire comprendre la chance qu’ils ont. Il faut toujours mettre les choses en perspective. Ils sont très à l’écoute. Je n’aime pas l’idée de se trouver dans un certain confort par rapport à d’autres et de se plaindre. Cela n’exclut pas le fait qu’on reste avant tout humain, avec nos bons et mauvais jours. Mais tant qu’on a l’essentiel : un toit, la santé, un travail, on ne se plaint pas. Et je ne rigole pas avec ça à la maison. 

Quelle est pour vous la valeur essentielle au regard de votre enfance bousculée ?

C’est l’amour de l’autre et pour l’autre, avec le désir de partager vraiment le fondamental ensemble. Je l’ai vécu, certaines personnes peuvent aimer et faire du mal. Je défends donc un amour sain, pur, dénué de tout sentiment négatif comme la jalousie. Et ça, j’ai la chance de le vivre aujourd’hui avec mon homme, mes enfants, mon entourage. Nous n’avons qu’une seule vie, ce n’est pas pour la gâcher en se faisant du mal. 

Crédit: Jan Crab

Vous avez eu 40 ans au mois de mai. L’âge de l’épanouissement ?

Je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau. Bien sûr, les petits bobos ou les signes du temps qui passe apparaissent mais qu’est-ce qu’on s’en fiche ! Seul compte le bien-être mental. Franchement, mes 20 ans n’étaient pas spécialement top. À 30 ans, j’étais jeune maman et j’avais tendance à me poser plein de questions. À 40 ans, je suis heureuse du chemin parcouru et de tout cet amour partagé. Il paraît que 50 c’est bien aussi. Mes enfants m’ont apporté mon équilibre. Je suis la femme que je suis grâce à eux. 

Qu’est-ce que le passé vous apprend ?

Tout. J’aime bien faire, tirer les leçons de mes erreurs. Je marche beaucoup seule, ça me permet de réfléchir. J’ai aussi cette force en moi qui m’a permis de ne pas accepter les blessures du passé, de les transformer, de faire dévier la fatalité. C’est la raison pour laquelle le domaine de l’enfance m’est tellement cher. Les fractures de l’existence laissent des cicatrices à vie. Mais certains ne sont pas armés pour les atténuer. 

Quels sont vos rêves ?

Je n’arrive pas à me projeter. Je n’ai jamais su. Mais je suis une bosseuse, je vais jusqu’au bout de ce que j’entreprends. La radio et la TV sont des étapes dans ma vie. Tellement de choses m’intéressent du moment que je reste dans le partage. J’ai un fantasme, celui d’écrire. Ma meilleure amie m’offre tous les ans un calepin et un stylo. Mais je ne m’y mets pas encore. Je fais confiance à la vie.  Le bonheur c’est se rendre compte de la chance qu’on a, au quotidien. 

Objets

Le livre

Mon moyen d’évasion et de divertissement préféré. Ma fille Louise commence m’imiter. On se met chacune dans un fauteuil avec un bon livre et on savoure. Et je n’ai pas de liseuse, j’ai besoin du contact avec le papier. 

Mon badge Viva for life

Il résume cette expérience qui me fait chaque année grandir. Une part en moi est à jamais reliée à cet événement de 6 jours.

La photo de mes enfants

Mes loulous, forcément. Avant eux, je n’étais pas très photos mais de les voir grandir, c’est formidable. Ils s’entendent très bien entre eux. Ils ont des tempéraments très différents qui nous font encore grandir, nous, leurs parents. 

Think positive

Un message qui trône dans ma cuisine et que je rappelle régulièrement. Eh oui, je cherche toujours le côté positif des choses. J’aime bien ce genre de petit message. À l’extérieur de la maison, j’en ai accroché un autre : Aimer la vie et vivre pour aimer. Bon, OK, je vieillis !

Téléphone et clefs de voiture

Le téléphone, pour les photos, les vidéos, les messages. Plus que jamais notre moyen de garder le contact avec ceux qu’on aime. Les clés symbolisent le fait que je roule énormément en voiture, c’est ma 2e maison. Entre le foot et le volley des enfants, le boulot, les balades… Je suis tout le temps sur la route. 

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