A 60 ans, Valérie retourne vivre chez sa maman

Crédit: Jan Crab

Dans un propret clos pavé de Bousval, au creux de la vallée de la Dyle, Valérie Blaret a réélu domicile dans la maison de ses parents, auprès de sa maman de bientôt 84 ans, restée seule depuis le décès de son mari. Les deux femmes tiennent ainsi à l’écart le spectre de la maison de repos, et économisent le coût d’un loyer. Et pour que la tendresse résiste à la promiscuité, chacune met de l’eau dans son vin. 

Valérie a tout juste 60 ans, trois enfants et une petite-fille de 15 mois. Et 16 déménagements à son actif. Le dernier en date l’a ramenée dans la maison de ses parents. C’était en 2018, un an après le décès de son père.

« Maman n’a pas supporté sa nouvelle solitude » raconte Valérie. « Elle et mon père formaient un couple très fusionnel. Elle s’est énormément occupée de lui pendant toute la période où sa santé a décliné. Seule du jour au lendemain, elle n’a pas pu faire face.  Au même moment, mon couple a aussi capoté. Je me suis retrouvée dans une situation difficile. Tout mon salaire passait dans mon loyer. Il ne me restait rien pour acheter une paire de chaussures, partir en vacances…  Quand ma voiture a lâché, c’est devenu vraiment juste. À ce moment-là, cette évidence nous est apparue en même temps : il y avait assez de place dans cette grande maison pour y vivre toutes les deux. »

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Valérie donne son renom au propriétaire de la maisonnette qu’elle loue à Lasne. Quand une décision est prise, elle n’aime pas tergiverser. Tambour battant, elle vend ses meubles, donne ses casseroles à sa fille, se déleste du reste en brocante. Et elle emménage chez Jacqueline, sa maman, avec les seuls objets dont elle n’a pas pu se séparer : son piano, pourtant silencieux depuis plusieurs années, et son enceinte Zeppelin, complice de ses moments de recueillement dans la musique vocale baroque.   

Jacqueline a promis de lui faire de la place. Mais à 84 ans, elle a du mal à changer ses habitudes et à vider les pièces qui abritent encore les livres et autres trésors de son mari disparu. Valérie prend ses quartiers dans une chambre, une salle de bain et la moitié d’un bureau où elle a pu s’aménager un petit salon. 

Accords de cohabitation pacifique

Entre les deux femmes que tant de choses rapprochent et séparent, la cohabitation s’installe cahin-caha. « Très vite, je me suis rappelé la résolution que j’avais prise quand j’étais ado : à 18 ans, je m’en vais ! », confie Valérie avec un demi sourire.   

« On s’adore mais la vie quotidienne est difficile » poursuit-elle. « Maman aime avoir la télé ou la radio en permanence, moi j’aime le silence. Elle fait la chasse aux gaspillages en tous genres, quand j’aime vivre portes et fenêtres ouvertes. Chez elle, tout doit être rangé à sa place et organisé ; moi les règles m’ennuient. Elle aime manger à heure fixe ; je mange quand j’ai faim. Elle se prépare une cuisse de poulet avec un chicon et une pomme de terre ; j’adore les plats exotiques… » 

Pourtant les choses se passent bien. C’est que les deux femmes ont rapidement établi certains accords de cohabitation pacifique. Par exemple : ne pas manger ensemble. « Chacune a son étage dans le frigo. C’est un peu bête mais voilà le type de solution qu’on trouve pour que la promiscuité n’abîme pas notre relation. »

« J’arrive chez elle, je peux seulement prendre la place qu’elle me fait… »

 « Il y a une autre difficulté que je n’avais pas anticipée » poursuit Valérie. « Il est difficile de recevoir mes amis ici. D’abord, c’est le bout du monde pour eux : les Bruxellois allaient volontiers jusqu’à Lasne, mais ici, c’est une autre affaire. Ensuite, comme je ne me sens pas chez moi, il m’est difficile de lancer des invitations. On aurait sans doute dû prendre le temps de réfléchir un peu plus aux implications, et mieux préparer la cohabitation. On aurait eu moins de difficultés, je pense, si on avait emménagé toutes les deux dans une nouvelle maison. Maman est chez elle, elle a ses rituels, ses habitudes. Moi, j’arrive chez elle, je peux seulement prendre la place qu’elle me fait… »

Crédit: Jan Crab

Ceci dit, l’objectif premier semble atteint : la contribution que Valérie verse à sa maman est bien loin des 900 euros de loyer mensuel qu’elle devait débourser chaque mois pour ses 80 m² à Lasne. Elle a aussi pu supprimer son assurance responsabilité civile, en élargissant pour un supplément modique celle de Jacqueline. Grâce à ces différentes économies, elle a pu financer, avec l’aide de sa maman, une opération médicale particulièrement coûteuse.

Et après ?

« Maman est très exigeante avec elle-même, et très anxieuse pour les gens qu’elle aime. Une attitude un peu oppressante au quotidien. Mais elle peut aussi être surprenante de générosité et de gentillesse. » Alors, Valérie est heureuse de pouvoir lui offrir cette présence, même si elle regrette parfois sa petite maison ou rêve à une cohabitation avec d’autres adultes qui travaillent.

Et si la vie remet sur son chemin une nouvelle belle rencontre ? « On en a déjà parlé. Pour Maman, ce n’est plus envisageable que je quitte la maison – ce serait cruel, ce sont ses mots. Mais elle pourrait accepter que je sois absente quelques jours par semaine. Mon frère vient aussi loger ici régulièrement. Ils ont le même humour, ça se passe très bien entre eux… »

Texte: Sophie Dancot

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