« Une maison Horta ne doit pas être seulement dévolue à un musée ou à un lieu de prestige »

Crédit: Jan Crab

Passionné depuis plusieurs années par l’Art Nouveau, Michel Gilbert est propriétaire de plusieurs maisons érigées par notre plus illustre architecte, Victor Horta. Celle où il réside avec sa famille, l’hôtel Max Hallet, est une pure merveille qui a retrouvé son lustre grâce à l’engagement de son résident.

La splendeur du lieu s’impose dès la porte franchie. Mais cette maison, datant de 1904, n’écrase pas par sa superbe. C’est juste un ravissement jubilatoire qui étreint devant la majesté des escaliers, la luminosité des espaces et cette verrière de toute beauté, prochaine grande étape de restauration du maître des lieux. 

D’où vous vient cette passion pour Horta ?

« M’intéressant à l’Art nouveau, je suis vite arrivé à la conclusion que Horta était le meilleur mais il était inconcevable d’acheter, un jour, une de ses maisons car il y en a très peu. Une première occasion s’est présentée avec la Maison Vinck, rue Washington à Bruxelles. Elle n’était pas classée et ne l’est toujours pas, très bizarrement. J’ai eu à cœur de la réhabiliter, petit à petit, dans l’esprit d’Horta. J’ai ensuite acquis la Maison Winsingger, la Villa Carpentier à Renaix et enfin l’Hôtel Max Hallet, toutes ces acquisitions entre 2000 et 2007.

Travaillant dans le domaine de l’immobilier, les travaux ne m’apparaissent pas contraignants. Mais j’ai, cependant, découvert la différence qu’il y a entre rénovation et restauration. En matière de restauration, il faut accepter de rénover une maison en respectant l’architecte d’origine, sans que nos propres désirs prennent le dessus. »

N’est-ce pas effrayant d’acheter une maison classée ?

« Il est vrai que les gens voient cela comme un fardeau. La Maison Winssinger était très partiellement classée, la Villa Carpentier l’était ainsi que l’Hôtel Max Hallet. Il y a une certaine appréhension de ne pas pouvoir agir comme on le désire, et également de rencontrer les responsables des Monuments et Sites ! Or, ce sont des gens importants pour la préservation du patrimoine. Mais ils ne vivent pas dans les maisons classées, ils ne ressentent pas nos problématiques au quotidien.

Ils peuvent donc se montrer parfois plus rigides. Ce n’est pas la même chose d’avoir à restaurer le musée Horta ou le Palais des Beaux-Arts, bâtiments publics, et une habitation où le propriétaire désire résider. Quelqu’un d’autre s’était porté acquéreur pour l’Hôtel Max Hallet, un compromis de vente existait. Mais quand la personne s’est rendu compte qu’il était classé, elle a discuté avec les Monuments et Sites. Aucun des travaux qu’elle désirait entreprendre n’était envisageable, elle a donc préféré abandonner. » 

Découvrez les règles à suivre quand on habite dans un bien classé

Crédit: Jan Crab

Pour quelles exigences avez-vous dû batailler ?

« À partir du moment où j’achète une maison pour y habiter, il est normal que je veuille y installer une salle de bains et une cuisine dans une configuration actuelle, et non plus en sous-sol. Une maison Horta ne doit pas être seulement dévolue à un musée ou à un lieu de prestige. Il faut savoir que certaines des maisons achetées avaient été transformées en bureaux. Horta a détruit toutes ses archives peu avant sa mort et nous avons peu de traces de ses travaux.

Ces maisons avaient toutes subi des transformations épouvantables et Winssinger est sans doute le travail de ma vie en termes de restauration. Elle avait subi les affres du temps, on lui a rendu son cachet mais elle ne pourra plus faire office de maison unifamiliale. La Villa Carpentier reste, elle, proche de son schéma original. »

Et ici ?

« Il faut manœuvrer entre notre envie d’apporter notre patte et l’obligation de respecter l’esprit d’Horta. Les Monuments et Sites se montrent fermes sur tout ce qui est existant, connu et d’origine. Il n’était pas possible, par exemple, de changer la soie recouvrant les murs. Si je commets des travaux irréversibles à la maison, je suis hors-la-loi. Ce revêtement mural a été refait, à l’identique, par l’ancien propriétaire. Ils peuvent insister, sans obligation de le faire, de respecter certaines installations, comme des clinches de portes manquantes à remplacer.

On discute aussi au cas par cas. Pour ma part, je travaille avec l’architecte Barbara van der Wee, spécialisée dans Victor Horta. Elle a donc l’habitude de communiquer avec les Monuments et Sites et se met toujours au service du patrimoine. Il y a eu des concessions d’ordre technique : l’électricité ou la disposition de certaines pièces. Le but était aussi de rendre cette maison agréable comme unifamiliale. » 

Crédit: Jan Crab

Devient-on passionné par le travail de restauration ?

« Je suis toujours animé par l’envie de redonner vie à une maison. J’ai le carnet d’adresses qu’il faut, les meilleurs corps de métier et artisans. Et c’est un plaisir de discuter avec eux, de voir évoluer les travaux, ce sont des passionnés tout comme moi. Il ne faut pas croire que je vis sous un contrôle permanent. Le contrôle s’effectue quand je fais des travaux, suivant un cahier des charges très précis. C’est normal, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, d’autant que je reçois des subsides. » 

Est-ce compliqué de les obtenir ?

« Il faut une demande précise. Pour des travaux d’entretien, la démarche est facilitée. Pour des travaux de restauration, il faut absolument l’aide des Monuments et Sites : reconstruction de cheminée, installation de portes ou de châssis, voire démolition d’un élément rajouté à la construction originale. 

Le suivi est assez rapide à Bruxelles. Il est même possible d’obtenir une avance pour des travaux de grande envergure. Par contre, en Flandre, les choses s’avèrent plus compliquées. Je voudrais remplacer la toiture de la Villa de Renaix, en respectant le design d’origine, mais je devrai attendre 7 ans pour obtenir mon permis ! »

Comment vivre dans une maison classée, avec femme et enfants, sans avoir justement le sentiment de séjourner dans un musée ?

« Les deux sont compatibles. Mes enfants les plus jeunes ont 6 et 5 ans et savent qu’il y a des endroits où faire attention. Dans leur chambre, les murs ont été repeints tout à fait classiquement et ils peuvent y accrocher leurs dessins et autres. Ils vivent ici normalement, tout comme nous. » 

Crédit: Jan Crab

Peut-on s’avancer à dire que vous avez une sorte de collaboration avec les Monuments et sites ? Vous oeuvrez ensemble à la préservation du patrimoine.  

« Les choses pourraient aller plus loin. J’émets une suggestion : que les Monuments et sites passent par une phase plus pro-active. Si un bien est classé, un fait connu de tous puisque le notaire doit inclure dans son acte la situation urbanistique du bien, ce serait bienvenu que les Monuments et sites se déplacent à l’étude du notaire lors de la signature afin de fournir des informations, une liste, un dépliant explicatif sur les démarches à venir. »

Avez-vous une obligation d’accessibilité au public ?

« Non, il s’agit d’une idée reçue. Je n’ai pas du tout l’obligation d’ouvrir ma maison aux Journées du patrimoine par exemple. Chaque propriétaire est libre de le décider. Pour ma part, je tiens à ce que des visites soient organisées durant l’année. Je ne le fais pas pour l’argent, même si ces rentrées aident quelque peu, mais par goût de partager ma passion. »

Texte : Gilda Benjamin

Crédit: Jan Crab

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